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Le lien vers l’édition correspondant à cet article : https://fresquedelamobilite.substack.com/p/vehicules-autonomes-reprise-en-main-a-prevoir
Édito
C’est la rentrée et le retour de votre infolettre préférée (celle que vous lisez tout de suite si jamais vous aviez un doute). Pour cette nouvelle saison, j’ai pris la bonne résolution de réduire la longueur des éditos qui ont eu tendance à enfler autant que mes mollets pendant les vagues de chaleur. Afin de m’éviter la charge mentale incommensurable que représente le choix d’un sujet pour la reprise, mon moi de la deuxième canicule m’avait péniblement griffonné quelques notes sur les véhicules autonomes. Qu’il en soit remercié.
À l’origine de cette idée, un document publié en mai dernier sur le site du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan (un nom ronflant pour un service qui produit des analyses pour le gouvernement) qui encourage à « reprendre la main sur le véhicule autonome » en France et en Europe. Il s’agit d’une contribution extérieure, mais le mot préalable de Clément Beaune, le chef du service en question et accessoirement ancien ministre des Transports, laisse peu de doute quant à son adhésion à la thèse défendue.
Puis, fin juin, la parution du rapport intermédiaire sur l’automobile et les mobilités routières du Shift Project s’est accompagnée de quelques notes thématiques (intermédiaires aussi), dont une sur la mobilité autonome (à laquelle j’ai très marginalement contribué).
Dans les deux cas, il s’agit de se poser la question de la pertinence des véhicules sans conducteurs pour la décarbonation de la mobilité. Si la plupart des études évacuent rapidement les solutions individuelles, car elles incitent à parcourir davantage de kilomètres, le constat est moins tranché pour les usages collectifs.
Les modèles de type Waymo (filiale de Google qui opère une flotte de taxis sans chauffeurs dans quelques villes étatsuniennes et peut-être bientôt à Londres et Munich) semblent eux aussi délétères pour le climat. Se passer de la personne derrière le volant doit théoriquement permettre de réduire le coût de mise en œuvre du service, ce qui, en retour, donne la possibilité d’abaisser le prix de la course. Au global, cela encourage les gens à se déplacer davantage (sans compter les kilomètres à vide) tout en absorbant une partie des usagers des transports en commun ou des modes actifs. On est dans un cas classique d’effet rebond.
Pour éviter cela, le document publié sur le site du Plan propose d’intégrer ces véhicules comme des transports collectifs, notamment dans les zones rurales où la dépendance à la voiture est forte. Une plate-forme autonome pourrait être « mutualisée », en optimisant son taux de remplissage. L’avantage principal mis en avant dans l’étude est financier : supprimer le conducteur réduit le coût et rend donc possible la création de nouvelles lignes. Il y a fort à parier que si un tel modèle devait advenir, il commencerait d’abord par s’appliquer sur les transports déjà déployés par souci de rentabilité.
Dans tous les cas, et comme souvent dans ces scénarios prospectifs, les données sur lesquelles le raisonnement se base sont partielles (c’est un travail de modélisation compliqué, il faut dire). On se pose peu la question de pourquoi les gens font autant de kilomètres (travail éloigné, prix du logement, absence de services publics) et de ce qu’on pourrait changer pour limiter cela. Par ailleurs, la réflexion se fait essentiellement en comparaison de la situation actuelle, sans intégrer des possibilités qui existent déjà et visent un objectif proche (autopartage, covoiturage, véhicules intermédiaires, etc.).
Bref, le message est, en substance, un peu toujours le même dès qu’on parle high-tech : l’Europe est à la bourre sur les États-Unis et la Chine et doit carburer pour rattraper le retard et proposer sa vision du sujet avant qu’elle soit imposée. Et si, pour une fois, on refusait ce constat binaire trompeur et faisait un pas de côté ?
La revue de presse
Courant juillet s’est lancé la nouvelle édition du « leasing social », le dispositif gouvernemental qui met 50 000 voitures électriques en location pour pas trop cher auprès des plus précaires. La première vague, débutée en 2024, arrive bientôt à expiration (les offres de location sont sur trois ans) et les concessionnaires se demandent ce qu’ils vont bien pouvoir faire de ces véhicules dont la valeur réelle a beaucoup chuté. Tous militent pour prolonger la proposition de location à bas prix de ces voitures avec le soutien de l’État. Le gouvernement, lui, ne se mouille pas pour l’instant.
Écolo mon cul ! Voiture électrique ou voiture thermique ? — Arte
Derrière ce titre fleuri, une vidéo courte qui fait une synthèse efficace de l’éternel débat entre automobile électrique et thermique. C’est rapide, donc ça ne s’étend pas en détail sur tous les sujets, mais ça balaye large et de façon plutôt fun. La vidéo se termine en dézoomant pour souligner qu’une bonne partie de la solution est justement de s’extraire du tout-bagnole. Bref, c’est là si jamais vous avez besoin de faire le tour de la question en dix minutes.
40 millions de voitures en circulation en France au 1er janvier 2026 — SDES
Le parc automobile français est comme sa population : vieillissant. C’est ce que nous disent les données analysées par l’État qui couvrent jusqu’à fin 2025. La voiture moyenne a atteint le vénérable âge de 11,8 ans (contre 11,4 un an plus tôt). Il y a eu moins d’immatriculations d’autos neuves sur l’année (- 5,2 %), mais le parc a crû légèrement (40 millions de tutures sont en circulation), rapport à la longévité d’usage.
Pour autant, le nombre total de kilomètres parcourus diminue un peu par rapport à 2024 (- 0,3 %), le prix du carburant, assez élevé depuis 2022, y étant sans doute pour quelque chose. Enfin, le poids de toutes les voitures continue d’augmenter, mais c’est particulièrement flagrant pour les électriques (+ 1,9 % sur un an), ce qui, on ne va pas se mentir, n’est pas un bon signal de sobriété.
Pendant la canicule de juin, les Français ont massivement réduit leurs déplacements — Le Monde
La canicule de juin a largement affecté nos sorties. Ce n’est pas très surprenant, mais la quantification montre l’ampleur de l’impact : les estimations font état d’une diminution des déplacements de l’ordre de 6 à 9 %. On imagine que celles et ceux qui avaient la chance de pouvoir travailler à domicile l’ont fait. La proportion de gens qui n’ont pas bougé pendant la semaine a bondi de sept points par rapport à juin 2025. Entre ça et le prix de l’essence qui s’envole, on est à deux doigts de comprendre ce qu’est la sobriété forcée.
Toujours plus loin, toujours plus vite ? — À rebondissements !
Et puisque l’on sort des vacances, je suis contractuellement obligé de vous mettre un lien vers un article qui montre l’explosion des distances parcourues depuis l’après-guerre grâce au développement de moyens de transport toujours plus rapides et moins chers. Constat rigolo : on passe le même temps par jour en moyenne dans les transports (en comptant les déplacements à pied) depuis 200 ans (environ 1 heure). On est, par contre, passé de 4 à 5 kilomètres quotidiens par personne à environ 50. Encore un bel effet rebond.









