Un pont en ruine interrompu au-dessus de la mer

Infrastructures de transport : anticipon(t)s les risques

Et des nouvelles électriques, le tout dans une seule infolettre

Un pont en ruine interrompu au-dessus de la mer
Photo de Giancarlo Revolledo sur Unsplash

La revue de presse et l’édito publiés ici sont diffusés dans l’infolettre Déplacement instantané de la Fresque de la Mobilité. Il est possible de s’abonner gratuitement : https://fresquedelamobilite.substack.com/

Le lien vers l’édition correspondant à cet article : https://fresquedelamobilite.substack.com/p/infrastructures-de-transport-anticipon-t-s-les-risques

Édito

Il y a quelques semaines, le CESE (Conseil économique, social et environnemental) a rendu un avis sur l’état des infrastructures en France, et les risques à prévenir dans un contexte de changement climatique (et Le Monde en a fait une excellente synthèse). Bon, ça n’a pas l’air passionnant dit comme ça, mais je vous assure que si. Maintenant que vous êtes convaincus de l’intérêt du sujet, allons-y.

On a déjà parlé, il n’y a pas si longtemps, de la dégradation des infrastructures ferroviaires et, il y a un brin plus longtemps, du prix au kilomètre des voies vertes pour les vélos. Le problème qui se pose est presque toujours le même : construire, ça coûte cher, mais ça se voit. Investir pour l’entretien, en revanche, est quasi invisible, puisque cela permet juste de faire en sorte que… tout continue comme avant. Résultat des courses quand le budget se tend : on maintient les tronçons les plus utilisés et on délaisse un peu le reste.

Mais revenons-en à notre CESE, un machin dont je ne connaissais pas grand-chose, il faut bien l’avouer, avant ce rapport. Il s’agit d’une assemblée consultative composée de représentants issus du patronat, de syndicats ou d’associations. Bref, on doit ou peut leur demander de donner leur avis en fonction des sujets, et le « on » en question en fait ce qu’il veut ensuite. Ici, c’est une saisine d’initiative, c’est-à-dire un choix du CESE d’attirer l’attention des parlementaires et du gouvernement sur les risques liés au changement climatique pour les infrastructures.

L’état des lieux n’est pas particulièrement reluisant et la « dette grise » (retard d’entretien dû à un manque d’investissement qui fait que les travaux deviennent de plus en plus lourds et de plus en plus chers) ne fait que grossir alors que les catastrophes climatiques s’enchaînent. Par exemple, il est estimé que les inondations de 2023 dans le Pas-de-Calais ont endommagé 10 % des routes. Côté ferroviaire, 44 jours de retard ont été cumulés en 2022 par la SNCF à cause des fortes chaleurs.

Le phénomène n’est pas nouveau. Le mauvais état général des ponts avait déjà été souligné par une Commission sénatoriale de 2019 et la dégradation du réseau routier était pointée du doigt dès 2017. Ce qui a changé entre temps, c’est l’aggravation du réchauffement climatique qui n’arrange clairement pas les choses.

Et donc, la question que tout le monde se pose : combien ça peut coûter d’adapter et de maintenir nos infrastructures dans le bordel climatique ambiant ? Comme souvent, c’est difficile à dire. L’avis du CESE cite une étude de Carbone 4 de fin 2021 (en temps Internet : la préhistoire) qui estimait que l’ordre de grandeur était de quelques milliards par an jusqu’en 2050, tout en précisant bien qu’il s’agissait d’un travail exploratoire et incomplet, faute de données sur de nombreux points.

Par ailleurs, ces évaluations n’intègrent pas les investissements pour éviter la dégradation naturelle due aux vieillissements des infrastructures. Fait amusant (ou à se taper la tête par terre, c’est selon) : le rapport de la Commission sénatoriale sur les ponts, mentionné plus haut, s’étonnait qu’on ne connaisse pas le nombre exact de ponts routiers en France. C’est dire s’il reste du chemin à parcourir pour des chiffrages précis.

Le CESE dissèque aussi les politiques en place et les actions concrètes des gestionnaires concernés. Que ce soit côté ferroviaire ou autoroutier, le plus gros du boulot est le renforcement de la surveillance sur les zones à risques et l’entretien régulier. Pour les collectivités et l’État, cela se décline sous forme de plans : plan de prévention des risques naturels, plan climat-air-énergie territorial ou plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC).

Le résultat est jugé encore insuffisant à ce stade par le CESE, qui a perdu l’occasion de le qualifier de trop plan-plan, ce qui est bien dommage. L’auto-saisine (j’adore utiliser le mot « saisine ») du Haut Conseil pour le Climat sur la version 3 du PNACC avait conclu, peu ou prou, la même chose.

Plusieurs pistes sont évoquées dans le document pour trouver des fonds supplémentaires, comme intégrer des sections routières dans les concessions autoroutières pour assurer leur maintenance ou rediriger davantage l’argent collecté par l’État (les amendes liées à l’automobile sont prises en exemple) auprès des collectivités.

À ce stade, d’après un premier projet de loi-cadre, le gouvernement tablerait sur un renouvellement plus favorable des concessions autoroutières pour financer l’entretien et l’adaptation des autres réseaux de transport. Petit problème : cela n’arrivera pas avant 2031, ce qui laisse cinq années quelque peu incertaines. Dans tous les cas, mettre les moyens dès maintenant reviendra sans nul doute bien moins cher que de payer les pots cassés plus tard.


La revue de presse

Le leasing social des voitures électriques a profité aux Français ruraux plutôt qu’aux citadins — Caradisiac

Fin de la deuxième édition du « leasing social », l’offre de location longue durée de voitures électriques à bas prix. Le bilan est plutôt positif : les 50 000 automobiles ont trouvé preneurs, malgré une aide de l’État bien plus faible qu’en 2024 (7 000 € contre 13 000 € auparavant). On manque encore cruellement de données sur la répartition et les usages qui sont faits de ces véhicules (kilomètres, en remplacement ou non d’un équivalent thermique, etc.), mais on sait que la version 2025 a davantage profité aux plus précaires et aux ménages ruraux que l’an passé. Si le dispositif n’est pas parfait, on prend, on prend tout de même, faute de mieux.

Automobile : les ventes de voitures électriques s’envolent dans le monde — Les Échos

Et nous arrivons à la section « chiffres » de cette infolettre. Les ventes de véhicules électriques continuent de progresser dans le monde (13,6 millions d’unités écoulées en 2025, soit + 24 % sur l’année), mais à des vitesses bien différentes suivant que votre gouvernement a eu la bonne idée de couper les aides ou non. En gros, l’Amérique du Nord voit ses ventes baisser de 6 % (1,4 million de véhicules électriques vendus), pendant que la percée se poursuit sur les marchés européens (2,9 millions d’unités en 2025, soit 700 000 de plus qu’en 2024) et chinois (8 millions de voitures électriques écoulées sur l’année, soit + 26 %). Dans le reste du monde, les volumes de ventes sont encore faibles, mais croissent (pas comme les grenouilles) à vitesse grand V (+ 48 % en 2025), dopés par l’omniprésence des marques chinoises à bas prix.

La pratique du vélo en forte hausse dans les grandes villes — Libération

Dring dring, c’est la brève vélo ! Désolé, on commence à manquer d’inspiration à ce stade de l’infolettre (alors qu’en vérité, c’est la première que j’ai écrite). Bref, si vous cherchez de jolies infographies qui montrent l’évolution, avant et après le Covid, de la pratique de la bicyclette pour les trajets domicile-travail, vous allez être servis. C’est très spécifique, je sais. Chacun ses petits plaisirs, on ne juge pas. Si la progression a, au global, été bonne, elle masque des disparités entre les villes et les zones rurales périurbaines. La raison évoquée est, je vous le donne en mille, le manque d’infrastructures adéquates. Par ailleurs, l’article signale aussi la non-prise en compte des inégalités liées au genre (on en avait parlé ici) ou au milieu social dans les plans vélo, ce qui tend forcément à limiter l’adoption du biclou.

Analyse : la réalité sur le cobalt en République Démocratique du Congo — Bon Pote

Un article de fond, très complet, sur la situation en République Démocratique du Congo (RDC) concernant l’extraction du cobalt. Je vous en recommande la lecture, car je vais être bien en peine (et je ne vais même pas essayer) de tout vous résumer ici. Pour rappel, le cobalt est un métal qui est utilisé dans une des typologies de batteries les plus courantes, que l’on retrouve, entre autres, dans les véhicules électriques.

L’exemple de la RDC est souvent pris pour illustrer les conséquences de la « transition » au tout électrique des pays du Nord sur le Sud global. En particulier, l’extraction du cobalt et du cuivre dans des mines artisanales a fait l’objet de plusieurs rapports qui pointent les conditions inhumaines de travail d’adultes et d’enfants (parfois dès sept ans) pour des salaires de l’ordre de un à deux dollars par jour. Un extractivisme violent, héritage direct du système colonial, qui devrait nous interroger plus profondément sur nos besoins technologiques et sur la manière de les contenter.