Des transports bas carbone et de la pollution numérique en plus, le tout dans une seule infolettre
Nous sommes en 2024, alors quoi de plus normal que de lancer une infolettre. Ça tombe bien, vous tenez entre vos mains virtuelles l’édition #0 de Déplacement Instantané, la newsletter proposée par la Fresque de la Mobilité et consacrée à la mobilité des personnes et à sa nécessaire décarbonation. Chaque mois, directement dans votre boîte mail, recevez un édito enflammé sur pourquoi le vélo est le roi des modes de transport, une courte revue de presse réalisée avec soin (comprenez par là, une subtile alternance entre la perspective d’un monde meilleur et des confirmations que tout est foutu) et commentée avec vigueur et sagacité, ainsi que des liens vers les excellents articles rédigés par la communauté de la Fresque de la Mobilité. Accrochez vos ceintures, c’est parti ! Promis, on tâchera de relever le niveau des jeux de mots dans les prochaines éditions.

La revue de presse et l’édito publiés ici sont diffusés dans l’infolettre Déplacement instantané de la Fresque de la Mobilité. Il est possible de s’abonner gratuitement : https://fresquedelamobilite.substack.com/
Le lien vers l’édition correspondant à cet article : https://fresquedelamobilite.substack.com/p/de-tout-temps-lhomme-sest-mu
Édito
De tout temps, l’Homme s’est mû. C’est ainsi que commencerait n’importe quelle dissertation flinguée d’un étudiant en panne d’inspiration cherchant à retracer l’évolution des transports. Sans vouloir se risquer à résumer l’histoire moderne de la mobilité dans cet édito, sujet ô combien passionnant, et certainement un peu triste aussi, il me semble important de rappeler l’évidence du lien entre urbanisme et voiture individuelle. Si attaquer la question de la contribution des transports au changement climatique ou à la perte de biodiversité en critiquant, à raison, le rôle de l’automobile est toujours un exercice périlleux, tout le monde conviendra sans problème que cette dernière a organisé nos territoires de façon à les rendre un brin moches (ou beaucoup suivant les cas) et vachement moins agréables pour les petits êtres sensibles que nous sommes.
Une fois un tel constat dressé, on pourrait naïvement penser que se proposer d’y remédier, et donc commencer à voir comment se passer un peu de l’auto, serait accueilli avec au moins autant de joie et d’engouement que la nouvelle R5. Mais ce serait occulter les situations individuelles, fortement encouragées ou contraintes, qui ont rendu la voiture indispensable : résidence éloignée du travail ou des commerces, alternative en transport en commun réduite, disparition de lignes de chemin de fer, mort de son cheval, etc. Les distances parcourues quotidiennement en France ont complètement explosé dans les années 50 avec l’essor de l’automobile, moyen de transport qui, soit dit en passant, serait regardé d’un drôle d’œil s’il était inventé aujourd’hui tant il est dangereux et coûteux (infrastructures comprises) . Et nous nous retrouvons donc face à un défi colossal : changer une tendance vieille de plus de 70 ans, et toujours bien vivante, en moins de 25, de façon la plus juste possible. De quoi à se coucher au sol en position fœtale, si je ne nourrissais pas l’espoir de pouvoir arpenter mes environs dans la quiétude et la douceur d’un monde moins dépendant à la voiture. Bref, un rêve de hippie qui nécessite bien une infolettre mensuelle en tout cas.
La revue de presse
Voiture électrique : le gouvernement donne un brusque coup d’arrêt au « leasing social » – Le Monde
On vous en parlait il y a peu, l’offre de leasing social a été victime de son succès, comme l’on dit lorsque l’on est un membre du gouvernement avec une vague tendance à l’autosatisfaction. Ce dispositif, tout aussi louable dans son principe que dans les voitures dont il est question, se clôt finalement avec 50 000 dossiers validés pour l’année 2024, chacun subventionné à hauteur de 13 000 €. Si je fais un rapide calcul de tête et finis par sortir ma calculette devant l’incommensurabilité de la tâche, cela correspond à la bagatelle de 650 M€ pour, au mieux, une électrification du parc des particuliers de 0,14 % pour 3 ans. Un bon moyen de nous rappeler que renouveler toutes les voitures, en plus de n’être pas souhaitable à bien des égards, coûterait un pognon de dingue.
En Suède, le « flygskam » semble bel et bien avoir vécu… – Voyages d’affaires
Se sentir honteux de prendre l’avion à un nom en Suède, et s’appelle le « flygskam ». Si vous l’apprenez, ne vous enthousiasmez pas trop, car la tendance, qui avait trouvé un fort écho médiatique en 2018 et 2019, a l’air d’avoir fait long feu. Comme quoi, une petite pandémie planétaire peut nous faire oublier tous nos problèmes environnementaux. Pour autant, malgré ce rebond, le trafic reste pour l’instant inférieur à celui pré-Covid-19. Sa reprise pourrait être motivée par le « verdissement » du secteur, notamment poussée par l’utilisation progressive de carburants durables à la place du kérosène et par l’espoir d’un futur où les nouvelles technologies auront tout réglé, point qui est loin de faire l’unanimité. Bon, sinon « flygskam » est régulièrement francisé en « avihonte ». Une occasion manquée selon moi puisqu’on aurait pu simplement choisir avinon et ainsi concilier viticulture et enjeux climatiques.
Comment le télétravail impacte-t-il nos mobilités ? – The Conversation
Une enquête, menée début 2022 en France métropolitaine, montre que la massification du télétravail a eu pour effet de rapprocher les déplacements autour du lieu de résidence, notamment pour faire ses courses. Il est vrai que bosser depuis chez soi ne donne pas trop envie de retourner se fourrer dans les embouteillages pour aller à l’hypermarché. Pour autant, toujours d’après cette étude, télétravailler ne remet pas fondamentalement en cause la nécessité de la voiture au sein du foyer et semble un critère secondaire dans le fait d’aller se mettre au vert. Après, au vu de l’incertitude autour de la pérennité du télétravail, liée à un irrépressible besoin de contrôle à la culotte par les entreprises, on peut comprendre que tous les employés n’aient pas envie d’aller s’exiler dans l’Ardèche.
Le vélo, la campagne et le quotidien : trouple impossible ? – Autrement Autrement
Pour reboucler avec l’édito, un chouette papier qui revient sur le vélo en milieu rural et qui prône la réhabilitation des chemins et sentiers à cet effet. Le constat est simple : partager une nationale entre un vélo de quelques kilos et un SUV de 2,5 tonnes lancé à 90 km/h implique un certain goût du risque et créer des voies cyclables dédiées pour chaque route est coûteux. Alors, pourquoi ne pas réutiliser nos vieux chemins et sentiers, souvent laissés à l’abandon, voire oubliés, qui relient déjà les lieux de vie ? L’article souligne un point important : notre dépendance aux cartes, aujourd’hui largement fournies par Google et Apple et à quel point celles-ci conditionnent notre (mé)connaissance de ces chemins. Un plaidoyer pour une reprise de contrôle collective de notre infrastructure au service des mobilités douces. Vous voyez, je vous avais dit qu’il y aurait du positif dans cette infolettre.









