Les anneaux olympiques devant la tour Eiffel

Les événements sportifs se mettent au vert

Du corporatisme et des records pas tous bons à battre, le tout dans une seule infolettre

Les anneaux olympiques devant la tour Eiffel
Photo de Luca Dugaro sur Unsplash

La revue de presse et l’édito publiés ici sont diffusés dans l’infolettre Déplacement instantané de la Fresque de la Mobilité. Il est possible de s’abonner gratuitement : https://fresquedelamobilite.substack.com/

Le lien vers l’édition correspondant à cet article : https://fresquedelamobilite.substack.com/p/les-evenements-sportifs-se-mettent

Édito

Drôle d’exercice, pour utiliser un euphémisme, que de rédiger un édito au milieu d’élections législatives anticipées qui vont décider de tant de choses pour l’avenir du pays. Tout comme pour les européennes, l’environnement a une place très marginale dans les débats. Pour autant, il n’est pas bien sorcier d’avoir un aperçu de ce qui peut nous attendre sur ce sujet. Les différents programmes (quand ils existent) ou déclarations des parties prenantes laissent peu de doute quant à la place de l’écologie (ou sa relégation à un non-sujet), et le rôle de l’État social dans l’accompagnement des plus précaires sur ces sujets.

Pour retourner à la légèreté qui caractérise à la fois cette infolettre et le CO2 qui menace notre existence, l’été est aussi la saison de tous les événements culturels et sportifs à grande échelle. Si l’on retrouve cette année les habituels festivals estivaux ou le Tour de France, il faudra également compter sur le foot avec l’Euro 2024 en cours chez nos voisins allemands et sur les Jeux olympiques, puis paralympiques, à Paris. Des événements qui suscitent de plus en en plus de critiques au regard du lourd bilan carbone résultant du côté massif de ces rendez-vous. Le festival Le Bon Air de Marseille a d’ailleurs fait date en annulant la venue d’un DJ qui comptait utiliser un jet privé pour venir depuis l’Allemagne. Et autant dire que si l’on considère que ce genre de décision « fait date », c’est qu’on n’est pas sauvés. Au-delà des seuls artistes, une partie échappe à une action directe des organisateurs de ces manifestations : les déplacements des publics. Ils représentent en moyenne 58 % de l’empreinte carbone des 5 festivals analysés dans le cadre du projet Déclic, avec une omniprésence ô combien habituelle de la voiture.

L’Euro 2024 a aussi mis le paquet pour permettre aux supporters de se déplacer majoritairement en train (tarifs réduits, passeport InterRail spécifique, localisation et planning des matchs adapté, etc.), là où les équipes nationales ont fait des efforts, mais plus modérés. Dans tous les cas, le transport des visiteurs reste la partie ayant, le plus souvent, le poids « carbone » le plus important pour les compétitions de cette ampleur.  

Les Jeux olympiques et paralympiques de Paris à venir ne devraient pas faire figure d’exceptions de ce côté-là. Malgré des actions évidentes pour limiter l’empreinte globale de l’événement, les prévisions tablent sur l’équivalent des émissions annuelles de 160 000 français, chiffre qui sera très certainement revu lors du bilan d’ici quelques mois. Quelques éléments à la marge font sourire (de façon amère, hein) sur ces bonnes intentions environnementales, notamment le parcours de la flamme partout sur le territoire français afin d’encourager le tourisme international, ou encore les expérimentations de taxis volants. Des contributions mineures au regard des émissions certes, mais qui montrent bien qu’on essaye de ménager la chèvre et le chou, d’avoir le beurre et l’argent du beurre, ou… bref, vous avez compris.

Difficile donc de diminuer drastiquement l’empreinte d’événements conçus pour faire venir des gens de tous les coins du monde. Si tous les efforts sont louables, la solution de sobriété, et par conséquent de réduction d’échelle, paraît inévitable à terme. Un vaste chantier qui semblera peut-être secondaire d’ici à quelques semaines.


La revue de presse

« Le passage à la voiture électrique doit s’inscrire dans une stratégie systémique et cohérente de transformation de notre mobilité » — Le Monde

Le 24 mai dernier a été une journée faste pour les tribunes sur les véhicules électriques sur le site du Monde avec non pas 1, ni 2, ni… Bon, vous avez compris. 5 tribunes ont été publiées et j’ai retenu, par pur corporatisme, celle de Laurent Perron et Jacques Portalier, chefs de projet « Industrie automobile » au Shift Project (et cocréateur de la Fresque de la Mobilité pour le premier). Si vous voulez mon avis impartial sur ce texte génial, le voici : il a la justesse de rappeler que le passage à la voiture électrique doit avoir lieu, mais qu’il doit se faire en s’assurant qu’elle se mette au régime (voitures légères et aérodynamiques), ne soit pas uniquement l’apanage des plus riches (en accompagnant le marché de l’occasion) et qu’elle ne soit pas la seule solution (sortir du « tout-voiture » avec des transports en commun, vélos, etc., tout en organisant mieux les territoires de manière à réduire les besoins en mobilité). Une évidence sur le papier, mais pas encore bien intégrée dans l’industrie automobile.

Record du trafic aérien en 2024 : « La neutralité carbone est un leurre pour justifier la croissance » — Usbek & Rica

On en cause souvent ici, mais ça y est, le trafic aérien risque de battre son record de voyageurs en 2024. Environ 5 milliards de personnes sont attendues cette année, plus que les 4,5 milliards de 2019 et moins que les 7,2 milliards prévues pour 2035. Un monde d’après qui ressemble étrangement au monde d’avant avec quelques années de retard et une option de peinture verte pour recouvrir tout ça, les objectifs de carburants alternatifs bas carbone dans les avions étant sans cesse repoussés.

À Montpellier, la gratuité des transports génère une forte hausse de leur fréquentation — Actu Environnement

Gratuits depuis presque 6 mois, les transports en commun de la métropole de Montpellier ont vu leur fréquentation augmenter de presque 24 %. Difficile pour autant de savoir si cette hausse a des retombées concrètes sur les émissions de gaz à effet de serre, autrement dit, si elle provient d’un report modal depuis la voiture suffisant pour être significatif, tout en compensant les nouveaux déplacements que la gratuité encourage. Dans tous les cas, si la mesure peut avoir des répercussions limitées sur les économies de CO2, il n’en reste pas moins qu’elle répond à des enjeux sociaux et permet de conserver, voire de renforcer l’attractivité des centres-villes, tout en y excluant les automobiles, ce qui est toujours bon à prendre. Sur ce sujet, le podcast « Chaleur humaine » du Monde fait une très chouette synthèse des problématiques écologiques liées aux transports en commun.

Pollutions sonores et atmosphériques : 80% des habitants de l’Île-de-France sont exposés à des niveaux supérieurs aux recommandations de l’OMS — France Info

Presque 10 millions de personnes en Île-de-France ont mal aux oreilles, toussotent et ont le nez qui picote. Enfin, ça c’est la vision en « instantané » des effets de ces pollutions sonores et atmosphériques qui, à long terme, causent des choses moins sympas comme le risque de développer des maladies respiratoires, cardiovasculaires, du diabète et autres joyeusetés qui réduisent l’espérance de vie. Les transports (aériens et routiers) sont, sans surprise, les grands responsables de cette exposition, et à des degrés bien plus élevés que les préconisations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Amis franciliens, vous pouvez voir si vous habitez la zone rouge grâce à cette carte interactive.

Pourquoi nos pistes cyclables sont nulles ? — Explore Media via YouTube

Et en bonus, une courte vidéo sur comment faire (ou pas) de bonnes pistes cyclables avec des exemples d’un peu partout autour du monde. À compléter par ce petit carnet de route à Copenhague pour voir ce qui marche et doit servir d’inspiration.