Des personnes hors et dans une voiture à la fois

Autopartage : mutualisation de la clim et autres bénéfices

Et l’actu chaude du moment, le tout dans une seule infolettre

Plusieurs personnes dans et hors d'une voiture à la fois
Photo de Yanick Folly sur Unsplash

La revue de presse et l’édito publiés ici sont diffusés dans l’infolettre Déplacement instantané de la Fresque de la Mobilité. Il est possible de s’abonner gratuitement : https://fresquedelamobilite.substack.com/

Le lien vers l’édition correspondant à cet article : https://fresquedelamobilite.substack.com/p/autopartage-mutualisation-de-la-clim-et-autres-benefices

Édito

Les vacances approchent et, comme toute personne raisonnable, je tente de débarra… finaliser l’ensemble des tâches débutées plus tôt dans l’année pour partir avec la sensation du travail vit… bien fait. Ce faisant, je suis tombé sur un chouette rapport de l’ADEME (enfin, aussi chouette que puisse être un document de 190 pages) sur l’autopartage. Et là, je me suis dit : « Tiens, on n’a jamais évoqué l’autopartage dans cette infolettre, ne serait-ce pas l’occasion rêvée ? » Puis, je me suis rendu compte que je parlais tout seul, dans un délire probablement causé par la chaleur, mais ce paragraphe était déjà couché sur le papier numérique, alors je l’ai gardé.

Autopartage, j’écris ton nom, mais tu as tellement de formes différentes, commençons donc par te définir. Il s’agit d’un service de prêt ou location de voiture. Contrairement au covoiturage, il ne s’agit pas d’être coincé à bord avec le propriétaire (ou d’être le propriétaire avec lequel les autres sont coincés), mais d’utiliser une auto mise en commun entre plusieurs usagers.

L’ADEME identifie six pratiques distinctes. La plus courante passe par un opérateur qui met à disposition, moyennant finance (système d’abonnement ou de paiement à l’usage), des véhicules en libre-service qui doivent ensuite être restitués au même endroit. On parle d’autopartage en boucle dans un tel cas. La variante, souvent dénommée free-floating, n’impose pas le retour à la station d’origine. Feu Autolib’ est sûrement le service le plus connu de ce type, notamment au regard de ses déboires économiques très médiatisés.

L’autopartage s’organise aussi dans les entreprises, toujours dans des systèmes en boucle, en ouvrant les flottes professionnelles aux trajets maison-boulot. Certaines résidences proposent maintenant des véhicules mutualisés qui peuvent être empruntés par les habitants suivant un planning. Mettez le planning en ligne sur une plateforme et vous voilà avec une solution de location entre particuliers qui rentre également dans l’autopartage. La pratique existe depuis déjà pas mal d’années, sans pour autant avoir le succès d’un Airbnb.

Si vous avez bien suivi jusqu’ici et êtes, comme moi, des génies du calcul, vous noterez qu’on a listé cinq formats différents. Le dernier est le plus informel, c’est l’autopartage entre particuliers, sans plateformes, à la bonne franquette. Pour que cela soit comptabilisé comme tel, il faut que le véhicule soit prêté entre différents ménages. J’ai une voiture et je la laisse à mon voisin, un ami ou un membre de ma famille de temps à autre quand il en a besoin. Simple, basique.

Si rien que la définition des catégories de l’autopartage m’a pris tant de phrases, c’est que cela recouvre des pratiques très différentes. Certaines ont vocation à être ponctuelles, d’autres plus régulières. Des solutions sont prévues pour fonctionner dans les grands centres urbains et d’autres sont plus populaires en milieu rural ou périurbain. Bref, comme souvent, il faut composer avec le territoire et sa réalité pour en tirer le meilleur parti.

Le rapport estime qu’il y a actuellement un million d’utilisateurs et un vivier potentiel d’environ quatre millions de personnes supplémentaires. Ces futurs adopteurs qui s’ignorent ont des caractéristiques communes : ils sont coutumiers des transports collectifs ou du vélo et ont déjà un faible usage de la voiture.

C’est l’occasion d’insister sur un point crucial, condition sine qua non pour obtenir un bénéfice écologique à l’affaire : l’autopartage doit conduire à se débarrasser de sa voiture. Or, d’après l’étude, cela semble être plutôt le cas, avec une baisse de 65 % de la motorisation pour les ménages ayant recours à l’autopartage en boucle, 60 % pour la location entre particuliers et 50 % dans le cas de véhicules partagés entre particuliers.

Au global, il est estimé qu’un véhicule en autopartage en remplace entre cinq et sept classiques. On peut s’en réjouir, tout en rappelant que l’on parle ici de primoadoptants, c’est-à-dire d’un public qui attendait la bonne offre pour reléguer sa voiture aux oubliettes, ce que tout le monde n’est pas prêt à faire.

L’autre avantage, souligné par l’étude, d’un tel changement est que cela fait revoir son rapport à la bagnole. Dans l’ensemble, elle devient moins utilisée par les partageurs d’autos qui favorisent davantage les transports collectifs ou le vélo. Cela se traduit par une diminution des kilomètres parcourus, ce qui, en retour, génère quelques économies (entre 400 et 1000 € à l’année). Dernier argument, cette fois pour convaincre les mairies de s’y mettre : chaque véhicule en autopartage permet de libérer entre 1 et 1,9 place de stationnement.

Si tout a l’air bien beau sur le papier, il faut aussi dire que, pour l’instant, l’autopartage concerne surtout des cadres urbains (ô surprise). Pour toucher plus large (ce qui semble être la volonté gouvernementale), le combo prix attractif et proximité du service est sans doute le plus efficace dès lors qu’il cible les bonnes personnes. Cela implique, dans tous les cas, d’avoir un système de transport alternatif à la voiture suffisamment qualitatif pour que chacun puisse oser franchir le pas.

Je termine cet édito beaucoup trop long (je ne sais plus qui fond entre ma chaise ou moi) en insistant sur les vertus de la friction (j’ai commencé en massacrant du Paul Éluard, c’est dire si je suis en roue libre). Passer à l’autopartage, c’est s’astreindre à réfléchir au besoin réel de prendre la voiture pour tel ou tel trajet, c’est sortir d’un réflexe automobile que la société ne nous encourage pas beaucoup à questionner.

Merci à vous de continuer à lire cette infolettre. N’hésitez pas à la recommander si elle vous plaît. On se retrouve en septembre, frais comme des gardons qu’on espère pas trop essorés par les canicules.


La revue de presse

Carburant : plus de 439 000 Français ont demandé l’indemnité « grands rouleurs », selon Sébastien Lecornu — Le Monde

Probablement la fin de notre feuilleton sur les prix du pétrole. Enfin, avant la prochaine saison. L’indemnité carburant, mise en place par le gouvernement pour faire face à l’explosion des tarifs à la pompe, a été sollicitée par 439 000 Français. Pour rappel, il s’agit d’une aide ponctuelle de 100 € (contre 50 € à l’origine) pour les travailleurs à faibles revenus qui font au moins quinze bornes pour rejoindre leur boulot. Le dispositif intègre aussi des fonds à destination des professionnels les plus touchés et la possibilité, pour les employeurs cette fois, d’octroyer des primes « carburant » exonérées de cotisations sociales et défiscalisées. Au total, c’est 1,2 milliard d’euros d’argent public directement investi dans le pétrole. On aurait préféré qu’il soit injecté avant pour l’électrification du parc. Mais, bon, on ne peut pas tout avoir.

Mobilité & voiturette : une AMI qui ne vous veut pas que du bien — À rebondissements !

Un article tiré d’une infolettre qui se focalise sur l’effet rebond. Vous savez quand les gains d’efficacité obtenus grâce à une technologie sont dépassés par l’intensification d’usage qu’elle provoque. Le traitement est ici appliqué aux Citroën AMI, ces voiturettes sans permis électriques dont on parlait dans l’édition sur les véhicules intermédiaires. Sur le papier, ce sont d’excellentes alternatives à des véhicules thermiques classiques. Elles sont plus légères, moins polluantes, mieux dimensionnées pour les trajets du quotidien. En pratique, huit utilisateurs sur dix sont des adolescents, des gens qui, normalement, vous savez, n’ont pas de voiture.

« Motogate » : révélations sur un possible scandale industriel et sanitaire — Le Monde

Les secrets les moins bien gardés sont les plus longs à se dévoiler. Une enquête entre neuf médias européens, en partenariat avec l’ONG Climate Whistleblowers, a exposé une possible fraude aux normes antipollution. Pensez « dieselgate », mais pour les motos enduros de chez KTM. Bon, c’est plus niche, j’en conviens, mais les faits restent graves s’ils sont avérés. En gros, KTM encouragerait (et fournirait le matériel) pour débrider les deux-roues en concession, une fois les tests d’homologation passés donc. En moyenne, cela impliquerait une pollution de l’air dix fois supérieure aux normes en vigueur (sans compter les nuisances sonores). La facilité avec laquelle en parlent les concessionnaires dans les extraits audios est édifiante, pour utiliser un vocabulaire poli.

Canicule : pourquoi la SNCF supprime des trains alors qu’ils circulent sans problèmes ailleurs dans le monde — La Tribune

Il fait chaud, et ça ne va pas aller en s’améliorant si les trains ne peuvent plus circuler. Dix pour cent ont été supprimés à titre préventif en Île-de-France pendant la vague de chaleur et certaines liaisons (les plus anciennes) ont été particulièrement affectées partout ailleurs. Le transport ferroviaire est très dépendant de son infrastructure qui, elle non plus, n’aime pas trop la canicule. Les rails surchauffent et se déforment, les caténaires se détendent et les climatisations ne sont pas dimensionnées pour fonctionner par 40 °C. Des solutions existent, notamment chez nos voisins européens, mais nécessitent des investissements. Spoiler : on est loin d’être au niveau.