Voiture : obsolescence et dépendance et la météo européenne de l’air et du rail, le tout dans une seule infolettre

La revue de presse et l’Ă©dito publiĂ©s ici sont diffusĂ©s dans l’infolettre DĂ©placement instantanĂ© de la Fresque de la MobilitĂ©. Il est possible de s’abonner gratuitement : https://fresquedelamobilite.substack.com/
Le lien vers l’Ă©dition correspondant Ă cet article : https://fresquedelamobilite.substack.com/p/dans-paris-a-velo-on-depasse-les-autos
Édito
Troisième Ă©dition de cette infolettre, il est plus que temps de causer biclou, encouragĂ© que je suis par la rĂ©cente publication des statistiques de dĂ©placement des Franciliens en 2023 qui ont permis Ă tous les aficionados des deux-roues de crier Ă la victoire de ce mode de transport sur la voiture. Si cela ne surprend guère que la petite reine soit plus utilisĂ©e que l’automobile pour les trajets dans Paris (11,2 % des trajets faits Ă vĂ©lo contre 4,7 % pour la voiture), de nombreux commentateurs ont Ă©tĂ© Ă©tonnĂ©s de la voir aussi devancer la voiture dans les dĂ©placements entre Paris et la petite couronne (14 % des trajets faits Ă vĂ©lo contre 12,5 % pour la voiture). Si l’évolution de la pratique est manifeste depuis le Covid-19 et ses coronapistes, qui ne sont pas, rappelons-le, des circuits oĂą l’on boit de la bière en Ă©coutant de la dance, la comparaison avec des Ă©tudes prĂ©cĂ©dentes n’est pas si simple du fait de la mĂ©thodologie diffĂ©rente de celle-ci. Difficile donc de quantifier prĂ©cisĂ©ment pour l’instant la progression de sa part modale (aussi bien en trajets qu’en kilomètres), ou encore d’estimer le report modal gĂ©nĂ©rĂ© et sa provenance (voiture, transport en commun ou marche Ă pied), autant d’aspects nĂ©cessaires pour apprĂ©cier l’impact bĂ©nĂ©fique sur les Ă©missions de gaz Ă effet de serre. L’utilisation des cycles est, dans tous les cas, salutaire d’un point de vue sanitaire, suer pour un effort physique Ă©tant jugĂ© prĂ©fĂ©rable par les mĂ©decins Ă transpirer du fait de la promiscuitĂ© offerte par le RER A en heure de pointe.
L’effet reste, sans surprise, très centré sur Paris : les déplacements dans la grande couronne (Seine-et-Marne, Yvelines, Essonne et Val-d’Oise) dépendent eux massivement de la voiture. En croisant ces informations avec la dernière enquête sur la pratique de la bicyclette en France, on remarque que l’Île-de-France ne fait pas figure d’exception vis-à -vis des autres régions. Cette enquête montre aussi que ce moyen de transport est surtout plébiscité par les jeunes et les plus hauts déciles de revenus, et bien moins par les classes populaires, ce qui n’a pas toujours été le cas.
Les raisons à cela sont bien évidemment multiples et liées : infrastructures adaptées à la voiture et la favorisant, étalement urbain et donc allongement des distances, en particulier pour les personnes résidant en périphérie des centres urbains, dangerosité de nombreux axes routiers, etc. Ainsi, au-delà de la démocratisation de l’image du vélocipède, point important s’il en est, reste son accessibilité en matière d’installations pour ceux qui font des trajets hors zones urbaines denses. Il faut bien voir que construire une piste cyclable revient moins cher au kilomètre qu’une route classique (415 000 € le kilomètre en moyenne pour une jolie voie verte en 2023, contre des chiffres en millions pour une simple route laide). Pour autant, la première ne se substitue pas à la seconde, et n’est sans doute pas prête de le faire, ce qui implique inévitablement une multiplication des coûts, même avec la mise en place de solutions alternatives.
On voit difficilement comment réussir, sur des temps courts, à défaire soixante ans de tout-bagnole, sauf à y mettre des moyens conséquents, très certainement au détriment de l’automobile afin d’en diminuer l’omniprésence et l’attractivité. Un entre-deux toujours délicat et qui nécessite beaucoup de concertations (nationales et locales) pour aboutir dans de bonnes conditions et ne laisser personne sur le bas-côté, même si c’est celui d’une piste cyclable.
La revue de presse
Territoires ruraux : en panne de mobilité — Secours Catholique-Caritas France
Dans la lignée de cet édito, le Secours Catholique-Caritas France, en lien avec 8 autres associations, a récemment publié un document sur les difficultés croissantes du monde rural à se déplacer. Un rapport qui est un peu passé sous les radars, comme le sujet dont il est question, et qui pointe l’ultra-dépendance à la voiture dont les coûts d’usage se sont envolés, ainsi que l’absence d’alternative. Dans les mesures proposées pour corriger le tir : s’assurer d’avoir une offre de mobilité minimale hors voiture (train, car), des compléments adaptés pour favoriser l’intermodalité (marche et vélo avec les infrastructures qui vont bien, transport à la demande, etc.) et des services de proximité pour limiter les distances à parcourir. Le tout mélangé à une bonne dose de sensibilisation et d’accompagnement auprès des populations concernées. Tout ça coûte très cher, me diriez-vous si vous pouviez m’interpeller, et vous auriez raison, même si je n’apprécie pas trop vos manières, mais comme le rappelle à très juste titre le rapport, ne rien faire maintenant coûtera certainement bien plus au final.
L’obsolescence dans l’automobile : vers des voitures jetables — HOP
Un peu moins passé sous les radars, sûrement parce qu’on adore parler bagnole, le rapport de l’association HOP (Halte à l’obsolescence programmée) alerte sur l’obsolescence dans l’automobile. En cause : des économies sur la fabrication des voitures qui nuisent à la réparabilité, notamment pour les batteries dans les électriques (« coulées » sous de la mousse chez Tesla, par exemple) ou les pièces elles-mêmes avec la pratique du giga-casting (des dizaines de pièces moulées en un seul bloc). Enfin, la part croissante de l’informatisation des voitures est pointée du doigt avec ses dérives que l’on ne connaît que trop bien dans le numérique : obsolescence logicielle ou matérielle, pièces ou données « verrouillées » par les constructeurs rendant la réparation impossible, etc. La voiture est donc à un carrefour (ah ah) entre prix à l’achat et durée de vie, sauf à vouloir rogner sur les marges.
Low cost airlines pollute more than ever, latest emissions data shows – Transport & Environment
Tant que l’on est dans les bonnes nouvelles (on adore ça dans la mobilité bas-carbone), le secteur aérien européen s’approche tout doucement (un subtil euphémisme pour dire à tombeau ouvert) de son activité et de ses émissions de gaz à effet de serre pré-Covid. En France, en 2023, le nombre de vols a atteint 87 % de son niveau 2019 pour 89 % des émissions. Dans ce monde d’après, les compagnies dites low cost ont, pour la plupart, dépassé leurs émissions de 2019, ce qui m’évoque plus un futur à la Mad Max qu’une douce utopie sur fond de chant des oiseaux.
Et pour finir, une chouette série de reportages sur le train en Europe. On y parle de fret ferroviaire, de la fabrication des trains, d’histoire du rail, de trains de nuit et de tourisme lent au cours d’un périple dans différents pays. Un récit doux-amer qui nous rappelle que l’important, c’est le voyage, pas la destination. Enfin, pour peu qu’on ait du temps et de l’argent.
C’est quoi le plan ? Pour le secteur du transport — SGPE via YouTube
En bonus, pour ceux qui peuvent se demander ce que peut bien trafiquer la France sur les transports à la lecture de cette infolettre, un condensé de la stratégie nationale bas-carbone est proposé dans cette vidéo, présentée par le secrétariat général à la planification écologique (SGPE) avec plein de graphiques sur des feuilles A4. Après ça, vous pourrez retourner dans votre nihilisme habituel en toute connaissance de cause.









