Un ciel propre, des graphiques qui le sont encore plus et des bilans carbone qui le sont beaucoup moins, le tout dans une seule infolettre

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Édito
On parle beaucoup de « backlash » écologique en ce moment dans les médias. Un terme qui fait peur, parce que c’est un mot anglais et puis, bon, faut se le dire, parler de « retour de bâton » ferait tout de suite moins sérieux. Linguistique mise à part, l’idée serait qu’on a tellement multiplié les normes environnementales ces derniers temps que cela a déclenché un retour de flamme (un synonyme plus inquiétant) de la part des plus réfractaires ou des personnes les plus directement concernées qui, ne pouvant plus suivre, ont dit niet.
Si la place de l’écologie est moins prégnante qu’il y a quelques années par rapport à d’autres enjeux, elle reste tout de même une préoccupation majeure des Françaises et Français. La montée des oppositions, bien réelle, ne se traduit pas nécessairement par un rejet des mesures qui permettent de lutter contre le changement climatique. Cela est d’autant plus le cas quand elles ont du sens au-delà du seul impact écologique. Par exemple, réduire les pesticides a aussi un intérêt pour la santé et est donc vu comme souhaitable.
Ce fameux retour de manivelle environnemental (on varie les plaisirs, que voulez-vous) est avant tout politique et sert de prétexte à de nombreux détricotages. Toutefois, à force d’être répété partout comme inéluctable, il pourrait bien finir par convaincre tout le monde qu’il l’est réellement. La restriction de l’accès en ville des véhicules polluants est un bon exemple de mesure très impopulaire. Le sujet est actuellement remis sur la table à l’Assemblée nationale, donc regardons ce qu’il en est.
Le rejet des zones à faibles émissions (ou ZFE) se comprend assez facilement. Une telle restriction peut mettre sur le carreau toute une partie de la population qui n’a pas les moyens de changer de voiture ou n’a pas accès à une alternative viable. Dans ce cas, c’est la double peine puisque le véhicule, devenu partiellement inutilisable, voit son prix sur le marché de l’occasion s’effondrer du fait du périmètre géographique limité qu’il peut dorénavant couvrir.
L’intérêt des ZFE est, rappelons-le, avant tout sanitaire : on compte pas moins de 40 000 morts prématurées liées à l’exposition aux particules fines, dont les voitures thermiques sont en partie responsables. Réduire l’accès aux véhicules polluants en ville est un outil pour répondre à cela et, a priori, ça marche.
Sur les conséquences pour les plus modestes, elles sont paradoxalement assez variées. Sur le plan de la pollution de l’air, les personnes les plus précaires sont souvent les plus exposées (logement à proximité d’infrastructures de transport) et peuvent donc bénéficier en premier lieu des améliorations de la qualité de l’air. Par ailleurs, plus de 46 % des ménages du premier décile de revenu n’ont pas de voiture et ne sont ainsi pas d’emblée affectés par la mise en place des ZFE. Assez logiquement, ceux qui dépendent d’une automobile doivent être la cible prioritaire d’aides et d’accompagnement sur le sujet mobilité, voire de dérogations dans certains cas.
Parmi les nombreuses pistes évoquées pour améliorer le dispositif, l’existence d’alternatives à la voiture est primordiale. Pour autant, il y a aussi quelque chose de l’ordre de l’équité qui se joue là-dedans et la définition de ce qu’est un véhicule conforme est une question intéressante à se poser. Les ZFE se focalisent sur l’âge des automobiles, mais un gros SUV récent peut être pire dans certaines situations qu’une petite citadine vieillissante (dangerosité en cas d’accident, abrasion des pneus et plaquettes plus importante, encombrement, etc.).
Une loi est en cours d’examen ces jours-ci à l’Assemblée pour supprimer les ZFE. Plutôt qu’un énième contrecoup qui enverrait tout valser, posons-nous la question de comment améliorer collectivement le machin déjà en place. Itérer au lieu de tout casser, tout un programme.
La revue de presse
« Un ciel sans contrails » : le plan d’Airbus pour effacer les trainées des avions — 01Net
Airbus a décidé de se pencher sérieusement sur les traînées de condensation. Phénomène souvent méconnu du grand public, ces traces blanches laissées par les avions après leur passage ont un potentiel réchauffant du même ordre de grandeur que les émissions de CO2 du secteur tout entier (la quantification exacte n’étant pas une mince affaire). Il n’est jamais trop tard pour s’y mettre, même s’il ne s’agit encore que de recherche à ce stade. Une annonce qui intervient peu de temps après le report de son avion à hydrogène. Un timing amusant, ne manqueront pas de faire remarquer les plus taquins.
Joli travail visuel pour des infographies pas très réjouissantes. France Info a compilé tout un tas de données sur les ventes en baisse des véhicules neufs et les suppressions d’emploi dans le secteur. On y voir très clairement ce choix des constructeurs de s’orienter vers des voitures haut de gamme plus chères, quitte à en vendre moins, mais avec des marges plus confortables. Cumulez tout ça avec des délocalisations et la fin du diesel et vous obtenez des employés sur le carreau. Une situation qui va nécessiter un peu plus que de la « flexibilité » sur l’électrification pour s’améliorer.
Nombreux sont ceux qui avaient été interloqués suite à l’annonce, en décembre dernier, du quasi-respect de l’objectif carbone des jeux de Paris. Une nouvelle étude commanditée par le Commissariat général au développement durable donne raison aux sceptiques. Le bilan dépasserait les 2 millions de tonnes équivalent CO2 (contre 1,59 pour l’estimation faite par les organisateurs). La très légère sous-évaluation de presque un demi-million de tonnes porterait, sans trop de surprise, sur les déplacements des spectateurs. Au final, le résultat est bien plus proche de l’estimation initiale des Shifters. L’engouement JOP s’étant dissipé, il y a peu de chance que cette nouvelle rencontre autant d’écho médiatique que le premier bilan.
Le tourisme spatial : c’est pire que ce que vous imaginez — Bon Pote
Histoire de terminer en toute légèreté (rapport à l’apesanteur, vous voyez), une analyse de l’impact d’un vol touristique spatial. C’est plein d’inconnues, mais, sans surprise encore une fois, le résultat est au mieux indécent. La récente sortie dans l’espace de Katy Perry et sa réception plus que critique par le commun des mortels est un bien bel exemple de « backlash » qui montre que les gens sont encore attachés au respect de la cause environnementale. Surtout quand ça vient d’une ambassadrice Unicef ayant alerté sur le changement climatique.









