La voiture partout, mais pas trop électrique et le match train contre avion, le tout dans une seule infolettre

La revue de presse et l’édito publiés ici sont diffusés dans l’infolettre Déplacement instantané de la Fresque de la Mobilité. Il est possible de s’abonner gratuitement : https://fresquedelamobilite.substack.com/
Le lien vers l’édition correspondant à cet article : https://fresquedelamobilite.substack.com/p/femmes-a-velo-emancipation-au-tournant
Édito
Avec le beau temps qui revient (information à ajuster suivant votre lieu de résidence et le jour où vous lisez cette infolettre) et la fin de l’opération « Mai à vélo », il était plus que temps de parler à nouveau de la petite reine comme on dit quand on cherche un synonyme pour ne pas répéter vélo.
S’il est difficile d’avoir une idée précise, à l’échelle nationale, de l’évolution de la pratique de la bicyclette ces dernières années, les quelques données issues d’enquêtes régionales sont plutôt positives. Tous les territoires et villes ne sont évidemment pas égaux, autant dans l’effort consenti que dans la facilité à déployer des infrastructures adaptées, mais cela va dans le bon sens. Toutefois, l’accélération qui était pressentie avec le Plan vélo, porté disparu fin 2024, puis réapparu début 2025 avec une enveloppe largement rabotée, risque de ne pas aider.
Si on trouve pléthore de témoignages enthousiastes sur le fait de passer à la bicyclette (et c’est tant mieux), sa pratique demeure bien plus faible chez les femmes que chez les hommes. Une situation qui était déjà visible dans l’enquête mobilité des personnes de 2019 et qui s’est confirmée dans celle sur la pratique du vélo en 2023. Les écarts liés au genre dans la mobilité ne sont pas propres au vélo, mais l’usage de la marche et des transports en commun étant plus fréquent du côté des femmes, on peut s’interroger sur pourquoi ce n’est pas le cas avec les deux-roues.
En creusant un peu, cela paraît d’autant plus curieux que les trajets des femmes ont tendance à être plus courts, plus nombreux et plus complexes (plusieurs arrêts). Bref, autant de critères (que l’on ne peut que déplorer, car avant tout liés à la répartition inégale des tâches domestiques entre femmes et hommes) qui sont normalement favorables au vélo.
C’est de ce constat que part Mélodie Cros Ferréol dans son mémoire de recherche sur le sujet, dont je vous recommande vivement la synthèse vidéo ici ou audio là). Sans surprise, les freins qu’elle documente sont des sortes de « traductions » pour le vélo de normes de genre qui influencent nos comportements de manière globale. Elle identifie trois grandes catégories d’obstacles à la pratique de la bicyclette : la perception d’une insécurité physique, sociale et technique, le poids des injonctions corporelles et, enfin, le manque de solutions pour la mobilité domestique.
Le premier point de blocage vient à la fois de la crainte de l’accident, des conflits, des agressions sexistes ou de la panne mécanique. Autant d’éléments contrebalancés par les études puisque les femmes ont deux fois moins d’accidents en tant que cyclistes que les hommes et qu’elles se font moins harceler que dans les transports en commun ou à pied pour ne donner que quelques exemples.
Sur les injonctions corporelles, le rapport à l’effort physique est souvent perçu négativement par les femmes alors que le vélo peut justement être un moyen de se réapproprier le côté « capacitaire » de son corps comme le souligne Mélodie Cros Ferréol.
Enfin, le dernier frein sur la mobilité domestique part du constat que beaucoup de femmes arrêtent de faire du vélo au moment où elles ont des enfants, car se déplacer en deux-roues n’est pas toujours simple et accessible quand il faut aussi se préoccuper de ses bouts de chou. Un état d’esprit encore une fois largement influencé par le fait que le dévouement maternel est vu comme une obligation sociale ce qui n’est pas le cas de son pendant paternel. Comme dans tout schéma systémique, les solutions dépassent le seul vélo. Pour autant, au-delà de combattre le sexisme (ce qui est la première chose évidente à faire), Mélodie Cros Ferréol préconise, entre autres, d’améliorer la représentativité des femmes dans tous les secteurs du vélo et d’augmenter la visibilité de celles qui s’y investissent. Autant de manières de contribuer positivement à un changement de mentalité. Un bon début de programme pour que le cycle soit un véritable outil d’émancipation. Pas sûr que les 50 millions d’euros du Plan vélo s’avèrent suffisants pour franchement s’attaquer au sexisme en revanche.
La revue de presse
La ville (vraiment) sans voiture, c’est pour quand ? — Usbek & Rica
Petit point d’étape sur le plan de conquête des villes par les cyclistes fous. Où en est-on de la ville sans voiture ? Cet article fait la synthèse des conditions à remplir pour que ce doux rêve ne devienne pas un cauchemar pour certains. On y cause multimodalité, parkings de délestage, nécessité de bus et de RER métropolitains pour couvrir largement les banlieues, mixité sociale dans les centres urbains, promotion des véhicules légers, du vélo, des transports en commun ou du covoiturage, j’en passe et des meilleurs. Pour ceux que ça intéresse, Arte a sorti un court documentaire qui parle, entre autres, de ce sujet pour Paris et Barcelone. Et j’en profite (c’est devenu une actu fourre-tout), pour vous dire que la suppression des zones à faible émission (ZFE) a bien été actée à l’Assemblée, comme si personne n’avait lu le super édito du mois dernier…
Lormauto, la boîte qui voulait transformer les voitures thermiques en électriques, met la clef, mais pas celle de la voiture, sous la porte. Lormauto avait pris le mot rétrofit (la pratique dont il est question) au pied de la lettre en convertissant de vieilles Twingo de première génération. Des petits véhicules auxquels on donne une seconde vie bas carbone : si l’idée est séduisante sur le papier, elle n’a pas réussi à convaincre les investisseurs de financer le passage à l’échelle. La remise en état et l’électrification sont jugées trop onéreuses pour trouver un marché face à des modèles neufs mieux dotés (en confort et autonomie) et proposés à des tarifs similaires. Difficile de lutter à armes égales contre la production de masse délocalisée.
Et c’est parti pour la désormais traditionnelle synthèse sous forme de graphiques de cette infolettre. Cette fois-ci, il s’agit des chiffres officiels du gouvernement, par l’intermédiaire du Secrétariat général à la planification écologique, sur les émissions des transports jusqu’à fin 2024. Le secteur est toujours le vilain petit canard de la décarbonation, bien à la bourre sur ces objectifs. En cause, côté mobilité des personnes, l’électrification du parc qui accuse un sacré retard par rapport à l’ambition initiale. L’écart correspond grosso modo à l’effort qui aurait dû être fourni par les entreprises pour le renouvellement de leurs flottes. Si jamais certains cherchent de bonnes affaires, il doit y avoir quelques Twingo électriques pas trop chères à récupérer.
Train vs Avion : quel est le juste prix ? — Carbone 4
Petit travail didactique proposé par Carbone 4 sur les coûts des trajets en train et en avion suivant qu’ils sont nationaux ou internationaux. L’explication ne se base que sur quelques exemples, mais permet de comprendre pourquoi, en l’état, la situation sera toujours plus favorable aux avions sur de longues distances. Je vous divulgâche les deux éléments majeurs : le moindre besoin en infrastructure pour les trucs qui volent et les différences de taxation sur les trajets internationaux. Rien d’immuable là-dedans, même si ne jouer que sur le prix du billet à sa limite et ne remplace pas un peu de sobriété.









