Excès de jets, de plastique et de chiffres, le tout dans une seule infolettre

La revue de presse et l’édito publiés ici sont diffusés dans l’infolettre Déplacement instantané de la Fresque de la Mobilité. Il est possible de s’abonner gratuitement : https://fresquedelamobilite.substack.com/
Le lien vers l’édition correspondant à cet article : https://fresquedelamobilite.substack.com/p/taxes-fiscalite-precarite
Édito
J’étais parti pour vous faire un édito sur les discussions en cours sur le budget à l’Assemblée nationale et au Sénat tant c’est un puissant révélateur de la place de l’écologie en politique. Puis, j’ai repris mes esprits et je me suis dit que c’était quand même sacrément pénible de causer impôts, fiscalité et tout le toutim.
J’aurais pu vous parler des hausses de taxe envisagées, et bien sûr critiquées par les entreprises. C’est le cas de celle sur les billets d’avion dont il est prévu le triplement, déclenchant la colère de la FNAM (Fédération Nationale de l’Aviation et de ses Métiers). C’est également le cas du versement mobilité, acquitté par les entreprises au prorata de la masse salariale pour financer les transports publics, et qui doit augmenter, provoquant des tensions au sein même du gouvernement.
J’aurais pu vous parler du plan vélo mis aux oubliettes par l’État après son lancement en 2023 (et dont les crédits sont gelés depuis février de cette année) ou bien des primes à la conversion côté automobile dont il se murmure qu’elles seraient, elles aussi, sacrifiées sur l’autel de la rigueur budgétaire, alors qu’il s’agit d’une des rares aides permettant l’achat d’occasion.
J’aurais pu vous parler de l’arrivée de la Stratégie nationale bas carbone 3 qui donne la trajectoire sur les années à venir (budgets carbone à respecter et leviers pour atteindre ces objectifs), et de sa déclinaison pour la mobilité (SDMP 3, de son petit nom) qui rentre en concertation, mais on y reviendra dans une future édition.
Bref, j’aurais pu vous parler de tout ça, mais je ne vais pas le faire. Maintenant que j’ai bien évité le sujet (ne me remerciez pas !), un peu de sérieux pour rappeler que les conséquences de ces choix ne sont pas qu’écologiques et portent en eux une vision de la société pour les prochaines décennies. Dans un monde idéal, taxes et fiscalité devraient être des outils agissant sur les excès de mobilité des plus fortunés dans l’objectif d’atténuer l’impact de son absence chez les plus précaires. Des opportunités d’études ou d’emplois rejetées jusqu’à l’isolement le plus complet, autant de situations intenables pour beaucoup provoquées par l’impossibilité de se déplacer ou d’habiter les lieux où se trouvent services et travail. Chaque proposition avancée, chaque décision prise devrait tendre à faire de tout ça un passé révolu.
La revue de presse
Un titre clair comme de l’eau de roche, mais qui pique les yeux comme de la Javel. Les riches toujours plus riches ont peur de se contaminer en se mêlant à la plèbe. Deux bonnes (?) raisons qui justifient l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre des jets privés. Si vous voulez pleurer mais sans la Javel (ce qui vous évitera bien des problèmes), sachez qu’en 2023, à l’échelle planétaire, cela représente l’équivalent des émissions de 3 millions de français. Ajoutez à ça des vols de moins de 50 km (5 % tout de même, faudra m’expliquer), des vols à vide ou des vols de loisir et vous avez là un excellent argumentaire pour réguler ou, à défaut, taxer ce secteur (ce qui est en cours de discussion).
Un titre clair comme de l’eau de roche, mais qui… Oui, bon, vous avez compris. Nos jolies autos, aussi électriques soient-elles, continuent de lâcher dans la nature quelques dizaines de kilos de plastique au cours de leur vie de métal. Tout ça à cause de leurs chaussures en caoutchouc également appelées pneus (ce qui est moins coquet, convenons-en). Des chiffres à mettre en perspective puisque l’analyse citée dans l’article ne se base que sur deux véhicules et sur des distances encore faibles. Dans tous les cas, l’impact des résidus issus des pneus sur les écosystèmes et sur nos petites personnes est loin d’être négligeable, ce que souligne très bien l’étude en question.
Bilan annuel des transports en 2023 — SDES
Quelques chiffres car on adore les chiffres dans la mobilité. Le bilan 2023 des transports (marchandises et personnes) est là dans ces quelque 200 pages pleines de tableaux et de courbes. Le résultat, c’est une diminution des émissions de gaz à effet de serre de 3,4 % par rapport à 2022 (youhou !). Une baisse qui provient à la fois d’un effet dissuasif lié au prix du carburant, d’une amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules (venant essentiellement des poids lourds), et d’un report vers des modes moins carbonés. Le train surpasse, par exemple, son niveau de 2019 malgré une qualité de service détériorée. Si jamais ce constat peut aider à orienter les euros glanés sur les avions et les jets…
Dans la continuité du bilan cité juste au-dessus, une analyse des mutations provoquées par la pandémie de Covid-19 sur les habitudes de mobilité en Bretagne et Pays de la Loire. Il y est notamment question de la tendance à la démobilité (moins de déplacements journaliers en moyenne) et de ses causes, de l’accélération du recours aux achats en ligne ou de l’effet du télétravail. On y parle aussi de l’essor des modes actifs (vélo, marche, etc.). Tout ça sur presque 200 pages, avec des tableaux et des graphiques partout. Vous commencez à avoir l’habitude !









