Moto triporteur cargo seule sur la route

Trajets moyens-longs du quotidien : le plus court chemin pour décarboner ?

Et des nouvelles du monde de 2025 (et 2024 aussi, tant qu’on y est), le tout dans une seule infolettre

Moto triporteur cargo seule sur la route
Photo de VD Photography sur Unsplash

La revue de presse et l’édito publiés ici sont diffusés dans l’infolettre Déplacement instantané de la Fresque de la Mobilité. Il est possible de s’abonner gratuitement : https://fresquedelamobilite.substack.com/

Le lien vers l’édition correspondant à cet article : https://fresquedelamobilite.substack.com/p/trajets-moyens-longs-longs-du-quotidien

Édito

C’est le début de l’année et, dans un objectif de perspective zen, je vous propose de laisser de côté les mauvaises nouvelles au niveau européen (elles sont dans la revue de presse, rassurez-vous). Pour ça, quoi de mieux que de se plonger dans les chiffres. Ça tombe bien, le Shift Project vient justement de sortir une note d’analyse sur les trajets moyens-longs du quotidien qui fourmille de données. Et puis, comme je suis cité dans les remerciements, il n’y avait objectivement aucune raison de ne pas en causer.

De quoi est-il question tout d’abord ? On parle de la mobilité de tous les jours, c’est-à-dire des virées faites dans un rayon de 80 km autour de son petit chez soi, ce qui constitue la quasi-intégralité de nos trajets (99 %) et plus de la moitié de nos kilomètres (55 %). Bref, tout ce qui n’est pas partir manger du chapon chez tatie Josiane pour les fêtes de fin d’année (je vous laisse transposer à vos propres vacances, ça doit être tout frais).

Plutôt que d’étudier l’ensemble des déplacements, comme c’est habituellement le cas, l’analyse se focalise sur ceux compris entre 10 et 80 km pour la simple et bonne raison qu’ils représentent 80 % des distances et émissions de la mobilité locale.

Un regroupement est opéré entre tous les déplacements effectués entre le départ et le retour à la maison sous le terme de sortie. Cela a l’avantage de considérer, sous une unique bannière, un trajet chaîné qui implique d’aller au boulot et de revenir, même si on a fait un crochet pour déposer les enfants à l’école ou un petit détour pour une course.

Seule 46 % de la population effectue des allers ou retours de plus de 10 km (appelés demi-sorties dans l’étude, l’aller et le retour faisant une sortie). Cela correspond à un tiers des demi-sorties de la mobilité quotidienne et 80 % des émissions totales, donc.

Au final, huit fois sur dix, les allers et retours des sorties de plus de 10 km ont une unique destination, sans arrêts intermédiaires. Un point qui permet de penser que du report modal (ou du covoiturage) pourrait, dans certaines situations et conditions, décarboner ces trajets.

Ces déplacements sont, sans surprise, très représentés dans les territoires ruraux, quand bien même ceux-ci ont, majoritairement, pour destination les zones urbaines au sens large (centres urbains grands ou intermédiaires et couronnes) et pour motif le travail ou les études. De manière tout aussi prévisible, la voiture est le moyen de transport privilégié (par choix ou non) dès que les trajets dépassent 2 km et est, de facto, la quasi seule source des émissions.

En prenant un peu de recul sur les dix dernières années, le rapport dresse le constat que ces déplacements de plus de 10 km se sont bien allongés en moyenne (entre +15 % et + 26 % suivant les territoires). Les ménages qui n’habitent pas dans les zones « denses » sont ceux qui subissent le plus cette augmentation, la centralisation des services et des bassins d’emploi dans les grandes ou moyennes villes n’aidant probablement pas.

De façon générale, plus de kilomètres en voiture veut aussi dire plus de stress, de fatigue, de dépenses, autant d’effets indésirables dont tout le monde serait bien content de se débarrasser pour la nouvelle année.

Comme j’aime tant le faire dans cette infolettre, la note spécifie bien que changer les choses demande des solutions adaptées, prenant en compte les « bassins de vie » au sens large (domicile, lieux d’activités, travail, etc.) sans occulter l’actuelle dépendance à la voiture. Une conclusion so 2025 (n’importe quelle année marche, en fait).


La revue de presse

L’Union européenne met un coup de frein à l’interdiction des voitures thermiques neuves en 2035 — Libération

Les fameuses « flexibilités » sur la fin de vente des thermiques neuves dès 2035 dans l’Union européenne sont arrivées pile à temps pour se glisser sous le sapin des fabricants de tutures. Et pourquoi garder une règle simple quand on peut en faire une compliquée ? Les constructeurs auront le droit, en 2035, à 10 % de leurs émissions de 2021 sous forme de voitures non électriques. Des émissions qui devront être compensées par ailleurs, le ailleurs prenant la forme de crédits carbone à destination de la production de biocarburants et carburants de synthèse et d’acier bas carbone. Un calcul qui s’annonce limpide, je vous dis.

Bilan annuel des transports en 2024 — SDES

Nous sommes en 2026, mais est sorti fin 2025 le bilan 2024 des transports. Faut suivre, faut suivre. Les données sont déjà connues pour la plupart, mais il s’agit de la version consolidée avec moult détails. En bref, les émissions des transports ont diminué de 1,2 % (par rapport à 2023, rappelez-vous, c’était il y a longtemps), ce qui est bien (ça baisse), mais pas top (ça ne baisse pas assez).

Une fois cette analyse scientifique posée, on remarque que les gens se sont plus déplacés. Les transports collectifs font + 5 % vis-à-vis de 2023 et dépassent leur niveau de 2019. Le ferroviaire bat un nouveau record (+ 14,5 % par rapport à 2019) et le transport aérien intérieur continue sa descente. En parallèle, la part des ventes de voitures électriques et hybrides rechargeables se maintient et la progression du vélo est bien plus faible qu’avant.

Autopartage : le Gouvernement veut quintupler la pratique — Actu-Environnement

L’autopartage a le vent en poupe, enfin, progresse, quoi. Plus d’un million de Français sont inscrits à un service de ce type, ce qui a conduit à 185 millions de kilomètres parcourus en 2025. Pour développer la pratique, qui reste marginale pour l’instant, le gouvernement veut unifier les accès aux divers services et faciliter le déploiement des stations. L’objectif est de faire fois 5 sur le nombre de voitures proposées à l’autopartage à l’horizon 2031.

« En Chine, les économies de CO₂ obtenues grâce au TGV sont sans commune mesure avec celles de la voiture électrique » — Le Monde

C’est dans les meilleures soupes qu’on fait les vieux pots, ou quelque chose comme ça, vous m’excuserez, il est tard. Apparemment, la Chine, elle, a compris, puisque le développement des trains à grande vitesse aurait permis d’économiser plus de pétrole en 2024 que l’ensemble des voitures électriques du monde entier, rien que ça. Bon, c’est en considérant que ces trajets auraient eu lieu dans tous les cas en auto ou en avion (ce qui n’est pas garanti), mais ça ne reste pas rien comme ordre de grandeur. Comme quoi, il y a des recettes qui marchent déjà pour peu qu’on y mette les moyens.

Mesurer l’efficacité spatiale des modes de transport : un enjeu pour l’aménagement du territoire francilien — Institut Paris Région & SNCF Réseau

Dans le même genre de comparaison, la note ci-dessus (le nouveau terme à la mode pour ne pas dire « rapport », apparemment) se propose d’estimer l’espace consacré aux divers moyens de transport en Île-de-France. Au total, la surface utilisée pour la partie routière atteint 589 km². Le vélo dispose de 12 km² d’infrastructures dédiées, et bus et tramways sont à 6,3 km². La marche, quant à elle, cumule 135 km² de trottoirs. Côté RER et trains, l’emprise est chiffrée à 65 km² pour une efficacité spatiale 5 fois supérieure à la route quand on la ramène au nombre de passagers. Une méthodologie que je serais curieux de voir s’appliquer à d’autres régions.