Une ligne de chemin de fer au milieu de la forêt

Qui pour prendre le train en marche ?

Le secteur aérien en difficulté, mais en fait ça va, mais ça dépend, le tout dans une seule infolettre

Une ligne de chemin de fer au milieu de la forêt
Photo de Antoine Beauvillain sur Unsplash

La revue de presse et l’édito publiés ici sont diffusés dans l’infolettre Déplacement instantané de la Fresque de la Mobilité. Il est possible de s’abonner gratuitement : https://fresquedelamobilite.substack.com/

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Édito

Début d’année, il est encore trop tôt pour les habituels bilans annuels par secteur. La valse des gouvernements fait que la reprise des discussions sur le projet de loi de finances est à peine entamée. Même si les premiers signaux çà et ne sont pas très encourageants pour l’écologie.

Dans les marronniers qui servent à meubler cet entre-deux, les plus beaux voyages à faire à tout prix en 2025 avant que ce ne soit plus à la mode en 2026 (ou que cette île exotique ait été submergée par la montée des eaux plus probablement) se retrouvent un peu partout. Depuis quelques années, certaines publications, dont Le Monde, ont fait le choix de mettre en avant le train et donc de sélectionner des destinations géographiquement plus proches.

Une « proximité » qui devient tout doucement de plus en plus relative à mesure que l’Union européenne développe le train : 80 % des investissements dans les infrastructures de transport sont affectés au ferroviaire. Un bon signal, même si le plus gros repose largement sur la volonté de financement de chaque pays (ce qui n’était pas vraiment un sujet jusqu’à il y a peu).

Aux États-Unis, où l’on pourrait s’attendre à ce que le rail soit tout à fait délaissé, les investissements mis en place pendant le mandat de Biden ont permis d’orienter 66 milliards de dollars vers le secteur avec des objectifs de doublement du trafic d’ici à 2040. Bon, tout ça c’est bien joli, mais il faut aussi rappeler que sur l’année fiscale 2024, un peu moins de 33 millions de personnes seulement (un record pourtant) ont pris le train, là où en France, 122 millions de billets de TGV étaient vendus en 2023. Il faut bien démarrer de quelque part, même si plane maintenant la possibilité de voir l’administration Trump défaire ou stopper ce qu’a pu lancer son prédécesseur comme pour le véhicule électrique.

Mais au final, qu’est-ce qui est visé avec de tels investissements, spécifiquement pour la longue distance ? On peut y retrouver 3 objectifs : entretenir correctement un réseau ferré vieillissant (ce qui est le cas dans beaucoup de pays) ou le réparer, étendre la couverture géographique en construisant de nouvelles lignes, ou rendre le train plus accessible en abaissant le prix du billet.

Si l’on se concentre sur ce dernier aspect, on peut s’attendre à ce que des tarifs plus attractifs puissent rediriger une partie du flux qui se tourne vers les avions, la voiture individuelle ou les cars en faisant une opération bénéfique du côté des émissions de gaz à effet de serre. Pour autant, il est peu probable que des gens qui n’ont pas accès à une gare de proximité ou qui ne se rendent pas à un endroit desservi par le train (ce qui est très souvent le cas pour les vacances en famille ou en camping) se détournent par magie de la voiture. D’autant plus s’il s’agit d’une solution multimodale compliquée à mettre en œuvre, qui rallonge certainement le parcours et qui, au final, revient plus cher. Terminer son trajet en louant une bagnole a, par exemple, toutes les chances de coûter plus que de faire le voyage complet en auto.

Enfin, le TGV, tout comme l’avion, est utilisé, en grande partie, par les plus aisés. Baisser le prix du billet orienterait une partie du budget de l’État (et donc des impôts) vers des personnes déjà favorisées dans la mesure où les facteurs cités précédemment risquent de continuer à empêcher l’essentiel des gens de prendre le train pour les vacances.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas le faire. Une « grande partie » ne signifie pas que seuls les plus riches prennent le train. Mais cela implique d’être pensé avec d’autres solutions qui encouragent le recours au réseau ferré (notamment dans l’agencement des dessertes et des connexions), le tout en rendant les autres moyens de locomotion moins attractifs (particulièrement l’avion). Cela nécessite, plus largement, d’avoir une réflexion sur l’organisation de nos bassins de vie et sur la manière dont fonctionne le tourisme afin que cela puisse permettre de privilégier le rail. Un vaste programme compliqué à démêler. Mais il faut bien commencer quelque part.


La revue de presse

Le déclin du transport aérien français s’est poursuivi en 2024 — Les Échos

Mauvaise nouvelle pour le transport aérien français puisque l’effondrement du trafic intérieur se poursuit avec 1 million de passagers en moins par rapport à 2023 (et -6,6 millions en comparaison de 2019). On fait grise mine à la FNAM (qui représente la quasi-totalité de l’activité aéronautique française), d’autant plus avec la perspective d’une hausse de la taxe solidarité sur les billets d’avion. Du coup, comme souvent dans ces cas, des emplois seraient menacés si jamais l’augmentation de la taxe se confirmait. En soi, rien de bien surprenant à ce que le secteur diminue progressivement sa voilure. Par contre, il est toujours étonnant de voir qu’on ne souhaite rien anticiper pour préparer des gens à des reconversions.

Neutralité carbone en 2050 : un scénario très délicat pour le secteur aérien — Les Échos

Bonne nouvelle, le niveau pré-Covid du transport aérien français est retrouvé grâce à l’international. Oui, je ménage mes effets. En revanche, la croissance du secteur rend l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 plus qu’incertaine (comme évoqué déjà quelques fois…). S’ajoutent à cela des sources énergétiques alternatives au kérosène toujours en retard par rapport aux prévisions (modestes pour l’instant). Peut-être d’autres reconversions non anticipables à venir ?

En 2023, sur la route, qui tue qui ? — Loïc Bertrand

Quelques graphiques éclairants sur les accidents routiers mortels (ou avec blessures) qui permettent de faire le lien entre victime et cause. Ce n’est pas très gai (la page s’appelle « En 2023, sur les routes, qui tue … » ce qui est quand même une indication claire qu’on n’est pas sur de la bonne nouvelle), mais c’est un bon outil pour visualiser le rôle de chaque moyen de locomotion dans la mortalité routière. Les données sont tirées de la base du ministère de l’Intérieur donc rien de nouveau, mais ça fait toujours quelque chose de les voir dans un tel format.

Taxis volants : Volocopter dépose le bilan, le secteur est à l’arrêt — Libération

On parlait, il y a quelques éditions, de ces taxis volants supposés faire des essais au-dessus de Paris durant les JO. Un projet qui avait reçu un avis défavorable de l’autorité environnementale, mais qui avait tout de même obtenu son autorisation d’expérimentation, avec une barge installée sur la Seine et tout le toutim. Au final, aucun vol n’a eu lieu, à cause d’une certification non délivrée en temps et en heure. Et pour clore cette histoire, on apprend maintenant que Volocopter, l’entreprise à l’origine de ces taxis volants a déposé, à défaut de passagers, le bilan.