Un éclair tombe proche d'une ligne électrique

L’électrification crée des tensions

Des bons plans pour Pau, des acronymes, et des trous d’air, le tout dans une seule infolettre

Un éclair qui tombe proche d'une ligne électrique
Photo de American Public Power Association sur Unsplash

La revue de presse et l’édito publiés ici sont diffusés dans l’infolettre Déplacement instantané de la Fresque de la Mobilité. Il est possible de s’abonner gratuitement : https://fresquedelamobilite.substack.com/

Le lien vers l’édition correspondant à cet article : https://fresquedelamobilite.substack.com/p/lelectrification-cree-des-tensions

Édito

La voiture reste un sujet qui électrise. Cette fois-ci, je vous propose un édito pour voir comment la charge est menée entre les pro et les anti-véhicules électriques afin d’éclairer un peu ce marasme. Hem, maintenant que toutes les blagues introductives ont été faites, vous pouvez continuer à lire, on va tâcher de faire mieux.

De quoi parle-t-on tout d’abord ? Il y a une petite musique qui monte, qui monte, qui monte depuis quelques mois et qui s’élève contre l’électrification (jugée trop rapide ou non nécessaire en fonction du degré d’hostilité) du parc automobile. Une contestation que l’on retrouve à suffisamment d’endroits pour que cela interpelle.

L’opposition la plus emblématique est sûrement le revirement opéré par Trump qui, même s’il n’est pas surprenant outre mesure, vient contrecarrer les efforts de son prédécesseur sur le sujet. Pour rappel, il s’est tout d’abord agi de couper les aides à l’achat pour les véhicules électriques, puis de revenir sur le déploiement des bornes de recharge et sur l’électrification du parc pour les fonctionnaires. Un plan qui vise à la fois à préserver les entreprises américaines, à faire valoir les ressources de pétrole de schiste présentes sur le territoire et à saper le dynamisme chinois pour inonder le marché d’autos abordables.

On retrouve quasiment le même message en Europe au final, sauf qu’on a peu de pétrole par ici et qu’on s’oppose moins frontalement à l’idée de tenter quelque chose pour limiter le réchauffement climatique (sans doute en partie, car nous n’avons que peu de pétrole, d’ailleurs). Un temps porté par quelques constructeurs, la plupart ont emboîté le pas depuis. Les raisons invoquées : le marché ne suit pas et tout miser sur l’électrique a toutes les chances de les fragiliser. C’est avant tout la perspective des premières amendes fin 2025 par l’Union européenne pour non-respect des normes de CO2 qui provoque cet alignement un peu plus vocal. Peut-être plus incongru, le mot a été repris par trois ministres du gouvernement Bayrou pour demander à la Commission européenne de retarder les sanctions. Tout ça pendant que les aides à l’achat sur les véhicules électriques se faisaient tranquillement raboter en France.

Le dernier son de cloche, qui pourrait paraître plus surprenant, émane de personnalités que l’on associe volontiers à des mouvances écologiques. Ici, il n’est nullement question d’un hypothétique sauvetage des constructeurs, mais plus de constater que la stratégie actuelle qui consiste à électrifier tous azimuts est délétère. Cela vaut tout autant au regard des minerais nécessaires, que de la non-prise de conscience que cela va contribuer à alimenter vis-à-vis de nos pratiques de mobilité. Pour faire simple, remplacer toutes les voitures thermiques par des SUV avec d’énormes batteries ne va pas résoudre grand-chose à notre schmilblick du changement climatique.

Un coup d’œil aux ventes d’automobiles neuves en France montre qu’on s’approche tout doucement des 3 % de véhicules entièrement électriques au sein du parc. Un progrès constant, même si les volumes écoulés, qu’on voyait croître de façon exponentielle (c’est toujours mieux quand c’est exponentiel), se maintiennent. On a déjà maintes fois parlé des problèmes d’images de l’électrique et de son coût d’achat prohibitif pour beaucoup de ménages. Pour autant, la dynamique auprès des particuliers n’est pas mauvaise. En revanche, l’électrification est à la peine du côté des entreprises qui sont, rappelons-le, les plus gros pourvoyeurs de véhicules d’occasion et donc les plus à même de contribuer à sa démocratisation pour les moins fortunés. À voir si la promesse d’amendes à venir dès 2025 pour ceux qui ne respectent pas les quotas aura l’effet escompté.

Il n’est jamais trop tard pour renverser la vapeur (produite par de l’électricité bas carbone idéalement), ne serait-ce que pour s’affranchir du pétrole, ce qui est quand même l’objectif final, rappelons-le. Autre intérêt de taille qui incite à ne pas trop lambiner : éviter de prendre plus de retard par rapport à la Chine, ce qui n’aurait rien de bien bénéfique pour les constructeurs européens à terme. Le véhicule électrique avec parcimonie, conjugué à de nouvelles pratiques de mobilité, est une des clefs de la décarbonation des transports. Mais il n’y a pas de secret : toute volonté de transformation profonde ne peut se faire sans un engagement total et de long terme. Difficile de se l’imaginer lorsque l’on navigue à vue et en eaux troubles.


La revue de presse

Décarbonation et dépollution : entre progrès et ratés, le secteur maritime louvoie — Actu Environnement

On filait la métaphore maritime alors plongeons à deux pieds dedans avec cette brève analyse du secteur qui, rappelons-le, concerne surtout le transport de marchandises. Pour faire simple, les émissions sont en hausse en Europe malgré un développement (somme toute très relatif) de carburants alternatifs (biocarburant ou électrification). Pendant ce temps, sur le versant mobilité, même Nice se positionne pour ne plus accueillir les navires de croisière, c’est dire.

L’activisme de François Bayrou pour relancer la liaison aérienne Orly-Pau — Le Monde

Bonne nouvelle pour les personnes qui ont besoin de faire des allers-retours entre Pau et Paris et pour qui atterrir à Roissy n’était vraiment pas commode. Et on les sait nombreux. La liaison Orly-Pau, interrompue il y a quelques mois, car très largement déficitaire, a repris à la mi-février. Un retour qui a l’air d’avoir bien occupé notre Premier ministre et notre ministre des transports. Gageons que les Palois et Paloises rempliront les avions en soutien à leur maire plutôt que de prendre un train de 4 h 30 qui les fait arriver en plein Paris.

Avis sur le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) — Haut Conseil pour le Climat

Le Haut Conseil pour le Climat (HCC), organisme indépendant chargé d’évaluer l’action publique sur le climat a rendu son avis sur le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3 pour les intimes). Si vous aimez les acronymes, sachez que la PPE dans sa troisième mouture vient dans un triptyque avec la SNBC (Stratégie nationale bas carbone) et la PNACC (Plan national d’adaptation au changement climatique). Avec ça, vous voilà bien avancé. La PPE cause planification énergétique, la SNBC diminution des émissions de gaz à effet de serre et la PNACC… d’adaptation au changement climatique, car il fait déjà trop chaud dans tous les cas. Le résultat de cette auto-saisine est que le projet est bien, mais pas top (ne me remerciez pas pour cette fine analyse). Le HCC insiste énormément sur la nécessité d’assurer la continuité de l’action publique malgré les changements. On se demande bien pourquoi.

La Fresque du climat traverse un trou d’air économique — Le Monde

Charité bien ordonnée, tout ça, tout ça. Nos collègues de la Fresque du Climat traversent un « trou d’air » (un euphémisme pour parler de licenciements). L’analyse qu’ils en donnent est toujours intéressante, ne serait-ce que pour s’interroger sur la portée et les limites des ateliers de sensibilisation. Deux raisons principales sont évoquées : le fait d’avoir atteint un palier en ayant touché 2 millions de personnes (en gros, le public le plus évident a déjà vécu une fresque) et la montée d’une forme d’opposition globale à la question climatique.

Pétrole, un lobby tout-puissant — Arte

Une petite vidéo bonus (ou deux, fonction du temps que vous avez) sur la manière dont les pétroliers (et plus particulièrement Exxon ici) ont géré les recherches en interne sur le changement climatique et le lien avec leurs activités. Sans surprise, l’argent gouverne tout, mais il est toujours intéressant de voir comment s’opère la fabrique de la connaissance dans de tels cas.