Écologie : marche arrière toute !

Des retards, des assouplissements, de la flexibilité, le tout dans une seule infolettre

Des charognards sur un arbre mort
Photo de Casey Allen sur Unsplash

La revue de presse et l’édito publiés ici sont diffusés dans l’infolettre Déplacement instantané de la Fresque de la Mobilité. Il est possible de s’abonner gratuitement : https://fresquedelamobilite.substack.com/

Le lien vers l’édition correspondant à cet article : https://fresquedelamobilite.substack.com/p/ecologie-marche-arriere-toute

Édito

Le mois dernier, nous causions dans ce même éditorial des tensions créées par la transition vers le véhicule électrique. Essayons de dézoomer un coup cette fois-ci pour voir l’image entière, pas bien reluisante, qui bave un peu, bref celle de l’état de l’écologie.

La tradition veut que l’on commence par les États-Unis, avant tout parce que c’est toujours rassurant de savoir qu’il y a pire, et aussi car ce qui s’y passe a agi comme une sorte de caution autorisant toutes les remises en question chez nous. Comme quoi, on n’importe pas que du gaz de schiste des USA. Vous connaissez dans tous les cas la chanson, pas besoin d’épiloguer : la protection de l’environnement n’est plus vue que comme une entrave à la libre entreprise et donc tout est détricoté et les agences concernées vidées de leur personnel.

Si on se penche sur le cas de la France, on peut dire que cette stratégie a fait des émules auprès de la droite et d’une partie du gouvernement qui ont visé tour à tour l’Office français de la biodiversité (OFB), l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), puis l’Agence bio. Au final,aucune agence n’a été mise complètement à l’arrêt, malgré des restrictions budgétaires importantes.

Le budget global consacré à l’écologie, adopté en février, acte ce désengagement en diminuant les crédits de plus de 2 milliards d’euros. La cadence des baisses d’émission de gaz à effet de serre étant amenée à s’accélérer, on s’attendait plutôt à une augmentation comme cela était prévu au départ. D’autant que les derniers signaux sur ce front en 2024 n’étaient pas particulièrement encourageants. Les conséquences de ces coupes portent principalement sur les aides à la rénovation énergétique des bâtiments et sur les diverses primes pour l’électrification du parc automobile.

Au niveau européen, sans surprise, ce n’est pas mieux. Le pacte vert (sorte de feuille de route environnementale) est le parfait coupable en cette période de croissance en berne. La Commission européenne souhaite donc « simplifier » la vie des entreprises en supprimant leurs obligations de transparence sur le volet environnemental et social pour la majorité d’entre elles (entre autres choses, voir plus bas). L’écologie n’est plus considérée que comme une contrainte, un frein à la bonne marche des choses.

Si tous ces changements sont porteurs d’impacts directs évidents sur la mobilité (et de beaucoup d’effets indirects, puisque la manière d’agencer, artificialiser, habiter le territoire influe sur les besoins en transport), le renoncement global à l’écologie est autrement plus inquiétant. La façon de faire de l’écologie n’a pas à faire consensus, mais il ne devrait pas y avoir dissensus sur le fait de vouloir préserver la planète et nos conditions de vie. On en viendrait presque à regretter le temps où l’on se battait sur le positionnement du curseur entre sobriété et technologie tous azimuts.


La revue de presse

Pourquoi Airbus reporte son projet d’avion à hydrogène — L’usine Nouvelle

Faute de place le mois dernier, j’avais fait l’impasse sur l’impasse qu’est l’avion à hydrogène. Sans surprise, l’objectif de 2035 d’Airbus est repoussé de 5 à 10 ans. Même si ce nouveau planning est respecté, ce dont on peut raisonnablement douter, il y a peu de chance pour que les avions carburant au H2 aient un impact significatif sur les émissions en 2050 (renouveler une flotte prend du temps). La raison officielle du report : la filière pour fabriquer l’hydrogène bas carbone est lente à émerger. Voilà qui devrait la convaincre de continuer à ne pas aller trop vite.

Crise climatique : Ursula von der Leyen annonce une « flexibilité » pour que les constructeurs automobiles évitent les amendes CO2 en 2025 — France Info

Titre à rallonge pour une petite concession aux concessionnaires (oui, bon) : les obligations européennes sur les baisses d’émission des voitures vont très certainement être assouplies. Pour rappel, les constructeurs qui ne respectaient pas la nouvelle norme effective cette année, et connue depuis 2019, auraient dû être soumis à des amendes. La « flexibilité » qui est en passe d’être accordée propose de lisser l’atteinte de l’objectif sur trois ans, avant même de connaître le résultat des courses. Un lobbying au rendement aussi efficace qu’un moteur électrique !

Climat : Faut-il changer de voiture pour réussir la transition ? — Le Monde

Dans la continuité de la précédente édition de cette excellente infolettre, un podcast qui se pose la question de si troquer son auto thermique pour une électrique est toujours le bon choix. Une discussion intéressante qui a la justesse de rappeler que beaucoup ne peuvent pas faire autrement que de prendre leur voiture actuellement sans pouvoir en changer pour une neuve moins polluante (thermique ou électrique par ailleurs). Le marché de l’occasion de l’électrique étant ce qu’il est (c’est-à-dire pas grand-chose), la pression est surtout à mettre auprès des entreprises qui traînent des pieds sur le renouvellement de leur flotte et qui pourront, à terme, alimenter une offre de seconde main plus abordable.

Point de vue. « Réapprenons à penser ensemble » — Ouest-France

Des actualités sur les fresques en veux-tu, en voilà ! La première est une tribune publiée par quelques-unes des initiatives les plus populaires sur la nécessité de ces ateliers pour créer du dialogue et de l’échange sur l’écologie. Un appel qui fait clairement écho à l’édito de ce mois-ci. La seconde concerne une étude sur l’efficacité des fresques dans la modification des comportements. Les résultats montrent qu’un tiers des participants font évoluer leurs habitudes après l’atelier, mais que le changement peine à se maintenir dans la durée. Pas de magie, un atelier de sensibilisation n’est qu’une porte d’entrée et les changements doivent être accompagnés pour se pérenniser. Rien n’est acquis, si ce n’est l’envie de tout réinventer, et de débattre sur le comment, ce qui n’est déjà pas si mal.